samedi 4 janvier 2014

La dernière barricade de la Commune où il est question de Paul Déroulède.

La dernière barricade de la Commune 
où il est question de Paul Déroulède.


Dessin de Robida: Le 28 Mai 1871, 2 heures, prise de la dernière barricade située à l'angle des rue de Tourtille et Ramponneau, malgré la défense désespérée des insurgés.

"Rue Ramponeau [angle de la rue de Tourtille ]s’élève la dernière barricade de la Commune. Un seul fédéré la défend. Trois fois, par un tir ajusté, il casse la hampe du drapeau tricolore des versaillais, qui occupent la barricade de la rue de Paris. Grâce à son courage, le dernier défenseur de l’insurrection parisienne parvient à s’échapper."
C'est du moins ce qu'en dit Lissagaray dans sa légendaire mais non pas infaillible Histoire de la Commune de 1871"

Mais ce fut peut-être celle de la rue de la Fontaine-au-Roi : sur celle-là, tenaient encore Jean-Baptiste Clément, Théophile Ferré, délégué à la Sûreté générale et son frère Hippolyte, Varlin, un garibaldien... « Au moment où vont partir leurs derniers coups, une jeune fille venant de la barricade de la rue Saint-Maur arrive, leur offrant ses services. Ils voulaient l’éloigner de cet endroit de mort, elle resta malgré eux. A l’ambulancière de la dernière barricade et de la dernière heure, Jean-Baptiste Clément dédia longtemps après la chanson des Cerises », écrira Louise Michel.

On a encore l’hypothèse de celle de la rue Oberkampf ? De celle de la rue Rébeval dans le 19e mitoyen ? En tous cas, elle se situa dans le périmètre du croisement des rue et boulevard de Belleville, "dernier carré" de la Commune.


Le 30 ème bataillon de chasseurs à pieds qui participe aux opérations de l'armée de Versailles contre la Commune est sous le commandement de Louis Joseph Marc Bernard LANES. Né en 1839, Lanes est Saint Cyrien. Affecté au 3e régiment de Zouaves, il a servi en Algérie, en Italie, avant de rejoindre le Mexique. Passé comme capitaine au régiment étranger, il rejoint le 3e bataillon de Cazadores comme commandant en second en juin 1866. (Photo)
Il va poursuive une carrière brillante, qui le conduira au grade de général de corps d'armée, grand officier de la Légion d'Honneur. Contrairement à Déroulède, ce dernier n'a rien d'un républicain...

 LANES au Mexique. Photo du site: http://www.military-photos.com/3cazad.htm

Pour en revenir à la barricade de la rue de Tourtille/ramponneau, voilà ce qu'en dit le journal de marche du 30 ème bataillon de chasseurs à pieds.

"- Le 28 mai, le bataillon se porte par la rue Lafayette et la rue Secrétant aux Buttes-Chaumont, s'empare vers 10 heures de la barricade de la rue Est-Pradier (Rue de l'Équerre. S'appela rue de l'Est-Pradier avant 1877. Doit son nom à sa forme. Cette rue nous mène rue Bolivar), où il perd 2 hommes.
Vers 2 heures du soir, la 6èmec ompagnie, envoyée par ordre du Général DUMONT pour amener un convoi de chevaux pris aux insurgés rue Julien Lacroix, trouve cette rue barrée.

En descendant plus bas pour trouver un passage, elle débouche rue de Courtille, en face d'une barricade garnie de pièces d'artillerie.

Le sous-lieutenant DEROULEDE avec 3 sous-officiers et 11 chasseurs volontaires se jette énergiquement sur cet obstacle, et, malgré une blessure grave au bras
gauche, s'empare de cette barricade dont il enlève le drapeau.

Le sous-lieutenant DEROULEDE, le sergent LARMIGNAT, et le caporal BENETIERE, s'étaient signalés d'une manière toute particulière par leur entrain et leur belle conduite.

C’était la dernière résistance de Belleville qui put être désarmée ensuite par le bataillon.

- Le 14 juin, le Bataillon voit citer à l’ordre de l'armée n° 26, pour leur belle conduite pendant les opérations contre la Commune insurrectionnelle :
Messieurs :
LANES, Chef de bataillon commandant,
DEROUIEDE, Sous-lieutenant,
LARMIGNAT,Sergent-major,
PAQUIER, Caporal,
AUBERTIN, Chasseur."

Déroulède en officier de chasseur à pieds. Portrait par Jean-François Portaels (1877).

Jusqu'à la Guerre de 1870, Paul Déroulède est un versificateur qui fréquente les milieux littéraires républicains. La déclaration de guerre lui fait abandonner son pacifisme. Sur le conseil d'un de ses anciens professeurs, il s'engage dans les gardes mobiles de la Seine qui végètent au camp de Chalons. Rejoignant illégalement un régiment de zouave avec son jeune frère, il se bat et est fait prisonnier à Sedan. Il ne tarde pas à s'évader pour rejoindre Gambetta qui le nomme officier des tirailleurs algériens, à la tête desquels il se distingue lors de la bataille de Montbéliard. Après l'armistice, il décide de prendre "le képi comme on prend le voile" et rejoint le 30 ème bataillon de chasseurs à pieds.

A l'inverse d'un Rossel, patriote et républicain comme lui, Déroulède choisit le camp de "l'ordre". Pour lui la Commune n'aurait pas éclose sans l'attitude vaniteuse d'un Trochu. S'il se bat dans l'armée Versaillaise, Déroulède le fait sans haine envers le peuple de Paris et les "insurgés [qui] ont, eux du moins, le courage de l'insurrection". Il n'en déteste pas moins les meneurs qui ne sont pas sur les barricades. C'est donc à contrecœur que Déroulède s'engage dans la guerre civile, pour préparer la revanche, et non pour punir la "vil multitude".

Le 28 mai 1871 (vers 18h selon Robert Tombs), dernier jour de la Commune, alors que les combats ont cessés, Déroulède et une corvée du 30 ème BCP tombent sur une barricade rue de Tourtille. Le drapeau rouge y flotte encore. Derrière, quelques fédérés se tiennent le fusil au poing. Déroulède fait donner l'assaut, durant lequel il est grièvement blessé. La barricade est prise. La guerre civile est terminée.

Paul  Déroulède en 1874, il est lieutenant de chasseur à pied. A ses côtés, son frère, lieutenant d'artillerie.


vendredi 27 décembre 2013

SARO CUCINOTTA et la Commune de Paris, 1871.

LA "DISPARITION" 
DE SARO CUCINOTTA 
PENDANT LA SEMAINE SANGLANTE.

Saro Cucinotta

"1910. Nous causons, avec un ami, Henri Saffrey, des cours martiales, autres que les grands abattoirs — Lobau, le Luxembourg, le Parc Monceau... Ces cours martiales, moins célèbres, ont vu cependant de terribles scènes. Partout où l'on se battait, les tribunaux de sang s'installaient. A la Roquette, à l'École Militaire, au boulevard des Fourneaux, au collège Rouin, au collège Chaptal, au Collège de France, aux Affaires Étrangères, dans les mairies. Il n'est pas d'édifice dont les murs n'aient été écorchés par les balles des exécuteurs... Et nous supputons, Saffrey et moi, comme nous l'avons déjà fait bien des fois, le nombre des fusillés. De partout, il est sorti des cadavres... Où sont-ils? En saura-t-on jamais le nombre ?

— Ghaptal... dit Saffrey. Mon père a souvent raconté devant moi une sinistre histoire. Quelqu'un qui a été conduit à Chaptal, et dont nul depuis n'eut jamais de nouvelles. Le graveur Cucinotta. Un de ses amis. Mon père demeurait alors rue de Rome. Graveur lui aussi, il connaissait Cucinotta. Il fut de ceux qui firent toutes les démarches pour le retrouver. Le graveur ne reparut pas. On ne put jamais retrouver sa trace. Et il fallut se résoudre à croire que l'infortuné avait péri, victime, victime innocente, de l'abominable cour martiale. Saro Cucinotta, d'origine napolitaine, était, depuis une dizaine d'années, installé à Paris, quand la guerre éclata. Il avait son atelier, 69, rue de Rome, tout près du collège Chaptal, encore en construction, et du boulevard des Batignolles. Graveur de talent, Cucinotta avait donné, à l’Artiste, à l'éditeur Gadart, de très belles œuvres. La Femme couchée, d'après Jules Lefebvre. La Femme au Poignard, Mademoiselle Phryné, d'après Maréchal. Des portraits : Arsène Houssaye, Théophile Gautier, Henri Regnault, etc. Plusieurs de ses gravures ne furent publiées qu'après sa disparition. On les retrouvera en feuilletant l’Artiste.

La guerre venue, Cucinotta, qui avait fait de la France sa patrie d'élection, se fit inscrire à la Société Internationale de secours aux blessés. Pendant tout le siège, il fit son devoir dans les combats sous Paris, à Champigny, à Buzenval. A la paix, il reprit le burin, se souciant peu de la Commune.
Le mardi 22 mai, dans la matinée, Cucinotta était chez lui, assis devant sa planche commencée, quand l'armée de Versailles occupa le boulevard des Batignolles. Une barri-cade fermait l'entrée de la rue de Rome. Elle résistait encore. Parmi les combattants, un fédéré, concierge ou habitant de la maison occupée par le graveur. Le fédéré vient d'être blessé. Il gît derrière la barricade. Sa femme, avertie, tremblante de voir achever le malheureux quand les troupes auront fait fuir les derniers combattants, monte à la hâte prévenir le graveur. Peut-être a-t-on encore le temps de relever le blessé, de le mettre à l'abri. Cucinotta ne peut-il pas secourir l'infortuné, comme il a secouru les blessés du Siège...

Le graveur n'hésite pas un instant. Il passe à son bras gauche le brassard blanc à croix rouge du Siège, qui doit — il le croit du moins — lui assurer l'immunité, coiffe sa casquette d'ambulancier, et descend. On le voit courir vers la barricade... Il l'atteint à l'instant même où les Versaillais escaladent les pavés... La troupe fait irruption dans la rue de Rome... A partir de ce moment, personne n'a jamais plus entendu parler de Cucinotta. Tout ce qu'on a pu savoir par un témoin, c'est que les soldats s'étaient précipités sur l'artiste. On l'avait vu se débattre. Il avait été conduit au collège Chaptal. Ensuite, plus rien. Jamais rien... Cucinotta n'est pas sorti du collège Chaptal, où l'on fusillait dès que le boulevard fut occupé. Ou, s'il en est sorti, c'est pour être conduit à quelque autre endroit, d'où il n'est pas sorti non plus... Au Parc Monceau... C'était là qu'était déversé le trop-plein de Chaptal. Tué à Chaptal, tué à Monceau, Cucinotta n'a jamais reparu.

Le collège Chaptal et la rue de Rome vers 1900 avec les grilles de la voie ferrée du chemin de fer de l'Ouest à gauche.

Les amis de Cucinotta, le graveur Alfred Taiée, l'éditeur Cadart, firent mille démarches. L'ambassade d'Italie ouvrit une enquête. Les témoignages recueillis s'arrêtent à l'instant où le malheureux artiste est arrêté, pendant qu'il tente de relever le blessé. Cucinotta était d'un naturel emporté, bien que d'une extrême douceur de caractère. Dans ses instants d'emportement, lui revenait aux lèvres le parler napolitain, mélangé à quelques mots de français. Les étrangers, polonais ou italiens, étaient, vous le savez, tous signalés comme partisans de la Commune. Cucinotta relevait un blessé fédéré... C'était assez... Saisi, il fut poussé, avec d'autres, vers le tribunal — quel tribunal ! — et vers le mur de mort.

Chaptal — me disait encore Saffrey — il s'y passa des choses effroyables. Vous voyez d'ici la grille, toute proche, qui longe le chemin de fer de l'Ouest. On entassait là les cadavres et on les précipitait sur la voie par-dessus la grille. En bas, les cadavres étaient relevés, entassés sur des wagons découverts, et transportés hors Paris, où ils étaient inhumés dans d'immenses fosses. Ceux qui n'étaient pas basculés par-dessus la grille, on les enterrait aux alentours. Nombre de fusillés de Chaptal furent ensevelis dans la propriété que possédait alors, au bas de la rue de Rome, M. Riant, qui fut conseiller municipal. Sur l'emplacement de cette propriété a été édifié un lycée de jeunes filles, le lycée Racine... "

MES CAHIERS ROUGES AU TEMPS DE LA COMMUNE, MAXIME VUILLAUME.

mardi 24 décembre 2013

RAVACHOL à Saint-Mandé...



Le 66-68 avenue du général de Gaulle à Saint-Mandé (à l'époque Grande rue) dernier logement de l'anarchiste Ravachol. Les journaux d'époque parlent ou bien du 66 ou bien du 68 qui se jouxtent. Chez lui, on retrouve divers déguisements en plus d'une quantité d'explosifs.




Un Ravachol bien souriant...

Dénoncer les Jean-Foutres!


Une belle initiative, foutre, d'un représentant de l'autorité révolutionnaire pendant la Grande Révolution:

PROCLAMATION.

J'invite tous les bons Citoyens à dénoncer les Jean-Foutres qui font dans la ville.

Le général PERCY


Au Quartier-général, ce 2 octobre 1793,
l'an fecond de la république Françoife.

Policiers prenez garde - 1944


Tract «Policiers prenez garde », 1944.

Ce tract signé par la plupart des principales organisations de la Résistance somme les policiers de choisir leur camp et de ne pas collaborer à la recherche des réfractaires au Service du travail obligatoire.

source cdnp.fr

samedi 21 décembre 2013

The bankers, they should be strung from lamp posts like Mussolini.



« A civilised society cares for its sick and elderly. As for the bankers, they should be strung from lamp posts like Mussolini. »

Richard Hawley

lundi 16 décembre 2013

Reconstitution: Le fantassin français des campagnes de Crimée et d'Italie 1854-1859.

Fantassins français en Crimée avec un zouave, photo de Roger Fenton.

Le groupe français du 18ème de ligne, qui a pour projet de reconstituer le fantassin français (fusilier) des campagnes de Crimée et d'Italie, progresse et c'est tout simplement beau à voir. Evidemment ces pousse-cailloux de 2013 n'ont pas la silhouette sèche et déliée des anciens de Sébastopol et Solferino. L'un d'entre eux à même d’étranges pattes sur les joues (réservé à la Marine), alors que les clichés d'époques nous montrent les tempes rasées au plus près (quasiment au dessus de l’oreille) mais en comparaison du travail fourni, ce n'est pas grand chose. Les érudits comme les spécialistes sont en droit de les féliciter et de les encourager.

Si vous voulez les rejoindre et que le crypto-bonapartisme ne vous effarouche pas, c'est ici:

http://18edelignesecondempire.clicforum.fr/index.php

Maintenant des photos:










Voilà deux de leurs représentants lors des fêtes Stevenson d’août 2013, une première sortie pour éprouver un peu le matériel (les fusils et le paquetage, les boutons et les coutures divers), les nouvelles recrues, ainsi que le règlement (de 1843), "l'école du soldat". Ils sont en tenue "africaine", capote ouverte au col, pantalon blanc.





A titre de comparaison, voilà d'autres clichés d'il y a plusieurs dizaines d'années, réalisés pour un article de Louis Delpérier dans l'ancienne mouture de Tradition Magazine" avec l'éternel Titus... Là il s'agit d'un voltigeur d'infanterie de ligne.