dimanche 10 août 2014

L'armée française à la conquête de l'Algérie - II



C'était bien une guerre, une vraie guerre, très dure, très laborieuse, très difficile, mais sui generis.

Le Comte d'Hérisson in "La chasse à l'homme; guerres d'Algérie".


Le soldat français en Algérie pendant la conquête.
IIème partie

Revenons un peu en arrière, en 1830. Un mois après l’occupation d’Alger, le maréchal de Bourmont constitue la première unité « d’une milice indigène ».
Désormais l’infanterie de l’armée qu’on appellera « d’Afrique » montrera une double composition : des corps venus de France et des corps levés dans le pays ou « CORPS SPECIAUX ».


Le 15 août 1830, les 500 premiers zouaves sont recrutés et rassemblés à Alger. Le 1er octobre de la même année, le général Clauzel prend à son service les débris des Zouaouas qui avaient été au service du Dey d'Alger et leur adjoint des Maures, des Arabes et des Koulouglis lui permettant ainsi de créer le corps des zouaves.

Le corps des zouaves doit comprendre :
- des bataillons à 6 compagnies ;
- des escadrons de « zouaves à cheval » dénommés ensuite « chasseurs indigènes » puis « chasseurs d’Afrique ».


L’encadrement français d’une compagnie est de :
    - 2 officiers, 3 sous-officiers, 2 caporaux.
Les volontaires Parisiens ou Volontaires de la Charte, combattants de la révolution de juillet 1830 sont envoyés par le gouvernement, pressé de s’en débarrasser, en Algérie où ils sont incorporés dans l’armée d’Afrique.Ils complètent les effectifs des bataillons de zouaves mais l’expérience se révèle malheureuse au bout de quelques mois.
Le général Berthezéne, successeur de Clauzel, prend donc la décision de former des unités de zouaves entièrement indigènes.
Les volontaires parisiens entrent dans la composition des « bataillons auxiliaires d’Afrique », qui, groupés, forment le 67° régiment d’infanterie.


Le 21 mars 1831, les zouaves sont reconnus officiellement par ordonnance de la même date.
Afin de créer un esprit de corps chez les zouaves, Duvivier normalise et améliore l’uniforme.
    - Le 2° bataillon se distingue par le turban vert ;
    - Le 1° bataillon se distingue par le turban rouge.


Après l’euphorie des débuts (égalité de traitement entre Indigènes et Français), pour certains, deux erreurs majeures empêcheraient le développement normal du corps des zouaves. En effet, les capacités de recrutement en Indigènes de la région d’Alger auraient été largement surestimées, et plus grave encore, aucun des cadres français n’aurait pensé à l’adaptation à l’activité militaire d'indigènes ayant d’autres habitudes de vie et une autre religion.


Cette mixité du recrutement, spécificité du corps des Zouaves, doublée d’une égalité de traitement au sens propre, est diversement appréciée lorsque la colonisation prend le pas sur la conquête militaire. L’ordonnance du roi du 7 mars 1833 modifie l’organisation des Zouaves et en particulier à l’égard des indigènes. Les deux bataillons de Zouaves sont réunis en un seul d’un effectif total maximum de 38 officiers et 1245 hommes, bataillon constitué de 2 compagnies françaises et 8 compagnies indigènes. Chaque compagnie indigène peut recevoir 12 soldats français et 92 indigènes. Mais surtout, le mode de recrutement des Zouaves se rapproche pour les français des autres corps de l’armée française, il était plus favorable auparavant, tandis que les indigènes se voient appliquer des règles spécifiques pour le recrutement : approbation du général et du sous-intendant militaire, durée d’engagement réduit à trois ans et rengagement d’un an, … L’accès aux zouaves est désormais limité pour les indigènes, dont l'effectif ira en diminuant dans ces unités.



Même si au fur et à mesure de la conquête de l'Algérie un 2e bataillon de Zouaves est créé au moment de l'expédition de Mascara (ord. du roi du 25 déc. 1835), il est à deux compagnies françaises et quatre indigènes seulement. Les deux bataillons sont réunis sous les ordres d'un Lt-Colonel. Un 3e bataillon est pareillement constitué avec la garnison laissée à Tlemcen (ord. du roi du 20 mars 1837) avant d'être supprimé le 21 décembre 1838, soit un effectif ramené à douze compagnies (46 officiers et 1.326 hommes, selon l'ordonnance du 4 août 1839). Il n'aura donc pas été recruté d'indigènes dans les Zouaves en dehors des alentours d'Alger.




Le 1er octobre 1837, les zouaves sont de l’expédition de Constantine. 13 jours plus tard et après un bombardement en règle 300 des leurs sont même de la première colonne d’assaut. A n'en pas douter, les zouaves sont en Afrique du nord des troupes de choc. Au cri de "Vive le Roi ! Zouaves à mon commandement !... En avant !" poussé par le colonel de Lamoricière les zouaves, électrisés, escaladent le parapet. Ils traversent l'espace qui les sépare de la brèche, au milieu d'une grêle de projectiles. Arrivés au pied de l'éboulement, ils grimpent sur cet amas de décombres rempli de trous et coupé par des blocs sur lesquels il faut se hisser à la force du poignet; mais ces difficultés n'arrêtent pas les Zouaves. En quelques minutes, la brèche est escaladée, le grand drapeau rouge s'effondre et les trois couleurs flottent sur la muraille. C'est le capitaine de Gardereins, celui qui a reconnu la brèche pendant la nuit, qui a l'honneur d'y planter lui-même notre drapeau. Des acclamations enthousiastes, partant de tous les points, le saluent et encouragent les Zouaves. 1 heure après, toute résistance a cessé. Mais les zouaves auront dû conquérir  la ville, rues par rue, à la baïonnette. 



L'ordonnance du roi du 8 septembre 1841, regroupe à effet du 1er janvier 1842 les Zouaves en un régiment à trois bataillons de neuf compagnies, où ne sont plus admis que les français. Une seule compagnie de chaque bataillon est indigène, pour justifier le nom, l’uniforme particulier du corps ... et entretenir  la gloire des premières années. On ne conserve en effet dans cette compagnie indigène que les plus anciens par égard pour les services qu’ils avaient rendus, et donc pour un temps seulement. Les Zouaves seront désormais des régiments d'infanterie français comme les autres, à l'uniforme près.


Contrairement à une légende trop répandu, les juifs d’Algérie ne constituaient pas une forte minorité au sein des zouaves. D’abord parce que de 1833 à 1841, le nombre d’indigènes diminue constamment dans cette unité, jusqu’à la nouvelle ordonnance de 1841 et que si juifs il y avait eu en grand nombre, ils auraient été comptabilisés comme indigènes et non comme français (statut qui ne prendra fin qu’en 1870). Par contre il est possible que dans le pourcentage de plus en plus faible d’indigènes au sein des zouaves, un certain nombre ai été des juifs. Mais en fait, très peu optèrent pour la carrière des armes. Avant et après cette date de 1841, les récits militaires d’époque évoquent plus volontiers les juifs d’Algérie comme interprètes, ou fournisseurs et vendeurs ambulants suivant les armées en campagne, que comme soldats d’un bataillon de zouaves. On ne trouvera des juifs d’Algérie au sein des zouaves qu’après la fin de la guerre franco-allemande, lorsque le service militaire sera institué. Les français d’Algérie (dont les juifs) pouvant être appelés dans les zouaves (ou les autres unités), les indigènes étant réservés pour les tirailleurs ou les spahis.

Le premier régiment de zouaves est désormais placé sous le commandement de Lamoricière. Ils s’illustrent encore à la bataille de l'Ouarensis (1842), à l’celle d'Isly (1844), et prennent Zaatcha en 1849.


Dès 1830, les « Turcos », compagnies et bataillons d'infanterie turque, héritiers des auxiliaires de l'armée ottomane, d'où probablement le surnom de Turcos, entrent au service de la France au fur et à mesure de la conquête de l'Algérie. En fait de turcs, on devrait plutôt parler de "kouloughlis". Ces derniers sont des métis que les turcs ont eut avec des femmes indigènes. Avant la conquête ils formaient une grande partie de l'infanterie dans les garnisons turques. Au départ de ces derniers, les kouloughlis se sont naturellement ralliés à leurs nouveaux maîtres, les français, tant pour continuer la vie de soldat, que pour éviter une vengeance des arabes et kabyles.


Le premier bataillon est formé et dénommé : "bataillon de tirailleurs indigènes d’Alger et de Titterit" en 1831. Parallèlement, une compagnie turque d’Oran est créée. De la même manière, le célèbre Yusuf  lève un bataillon à Bône. Ces unités plus ou moins régulières rendent de précieux services à la France, tandis que les arabes y remplacent peu à peu les turcs.


Il en existe à Oran, pris par Damrémont le 4 janvier 1831, et Mostaganem tenue dès 1830 par une garnison d'une centaine de Turcs à la solde de la France. Pareillement, à  Constantine après la prise de la ville par la français en 1837, 800 fantassins dénommés Tirailleurs de Constantine entrent au service de la France. En 1840, le Bataillon Turc des Tirailleurs de Constantine est habillé d'un uniforme en drap bleu clair. Dans les provinces d'Oran et de Constantine, la filiation entre les bataillons turcs et les futurs bataillons de tirailleurs indigènes est donc directe.


A côté des unités de tirailleurs et de spahis tendant à se régulariser, entre 1830 et 1840, des troupes indigènes auxiliaires se constituent en Algérie :
- des forces de police locale ; gendarmes maures, spahis auxiliaires, ...
- des tribus aux ordres de leurs chefs traditionnels,
- des goums de levée temporaire, encadrés par des tirailleurs ou des spahis.
Réguliers et auxiliaires forment une "sorte de nébuleuse, écrit Jacques Frémeaux, ayant pour noyau le Service des Affaires Indigènes" ou Bureau Arabe après 1833.

Ci-dessous, quelques aquarelles du Capitaine Maréchal montrant 1 Turco de Montaganen en 1844 et 2 turcos de Tlemcen en 1844 et 1845. Celui en tenue amarante est un capitaine. On peut noter qu'à cette date la tenue est loin d’être uniforme. S'y même des éléments de tenues typiquement turques, d'abord, puis bédouines ou kabyles.



En 1841, l'effectif des corps d'infanterie indigènes, "organisés en vertu d'ordonnances royales ou créés sous l'empire des circonstances, par des arrêtés des autorités locales", est selon un rapport du mis de décembre du maréchal duc de Dalmatie, ministre de la guerre de Louis-Philippe, de 2.500 hommes (cité dans l'Historique du 1er RTA). Il ne faut donc pas chercher dans la faiblesse supposée des effectifs indigènes, la nécessité d'un recrutement distinct, d'autant qu'on a favorisé de bonne heure en Algérie le développement de la cavalerie indigène ... On va donc créer sous le nom de Bataillons de Tirailleurs Indigènes des corps spéciaux d’infanterie, où les français n’occuperont qu’une partie des emplois d’officiers et de sous-officiers.

       


L'ordonnance du roi du 7 décembre 1841 réorganisant l'infanterie d'Afrique crée trois bataillons de Tirailleurs Indigènes, un par province (Alger et Titteri, Oran et Constantine), qui accueilleront désormais les indigènes à qui des règles spécifiques s’appliquent : accès aux grades et fonctions, avancement, durée du service.
Chaque bataillon compte huit compagnies, soit un total de 45 officiers, dont 16 indigènes et 1.739 hommes, dont 27 français. L'Etat-Major, le petit Etat-Major et la section hors rang du bataillon sont entièrement français (5 officiers + 11 hommes).
Chaque compagnie compte 5 officiers et 216 hommes :
- 5 officiers, dont 2 indigènes (un lieutenant, grade le plus élevé pour un indigène, et un sous-lieutenant, le capitaine est toujours français), 
- 6 sous-officiers, dont 4 sergents indigènes (le sergent-major et le fourrier sont français),
- 8 caporaux indigènes,
- 200 indigènes + 2 tambour et clairon indigènes


La formation des bataillons de Tirailleurs s'échelonne sur plusieurs mois en 1842.
Les 5 compagnies du 1er Bataillon de Tirailleurs Indigènes de la province d'Alger sont regroupées à Maison-Carrée le 1er aout 1842.
Le 2e Bataillon de la province d'Oran est constitué à Mostaganem en septembre 1842.
Le 3e Bataillon de la province Constantine est formé dans cette ville le 11 août 1842 avec le bataillon turc de Constantine et le demi-bataillon turc de Bône.


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